L’île de Robinson Crusoé

Samedi 21 février 2015– Nous nous réveillons dans la Bahia Cumberland, devant San Juan Bautista, le seul endroit habité de l’île, sous la brume et un petit crachin. Et sous les sommets que l’on devine, abruptes comme sur toutes les îles volcaniques.
La Bahia Cumberland est le seul endroit offrant un mouillage à peu près sûr. Mais les fonds plongent vite: il faut bien viser pour mettre l’ancre!
L’île semble accueillante: d’ailleurs, il semblerait que tous les moustiques du coin nous attendaient pour faire bombance la nuit durant. Du sang frais de petits voileux français, il n’y a pas d’arrivage tous les jours!

André s’offre un petit bain matinal pour aller dégager le mouillage baladeur que nous avions accroché la veille avec la quille en arrivant de nuit.
Petit déjeuner, puis passage à l’Armada pour les formalités d’arrivée: nous étions attendus.
Et pour vous faire découvrir l’île avec nous, nous décidons de faire une petite ballade sur un des sommets qui dominent la baie, et de vous montrer quelques belles photos à indice lacrymométrique (IL) élevé dont nous avons le secret.
Ça a failli… Ce con d’ And.. Clau…And… bon d’accord: de Claude, mais on n’en parle plus, a oublié l’appareil photo à bord!
Oh là, dans le fond, vous croyez que je ne vous entends pas ricaner? On a dit « On n’en parle plus. », alors arrêtez ou quittez ce blog immédiatement!

Donc, il va falloir faire travailler votre imagination… Hormis le village, l’île est un parc national protégé. Un bon chemin, quoiqu’un peu boueux, nous emmène vers ce sommet dont nous parlions, au nord-est de Robinson Crusoé. Dès qu’on dépasse 100 m d’altitude, la végétation devient rase à cause du vent. Les sommets accrochent les nuages humides venant du grand sud. Vue magnifique sur la baie et la partie centrale de l’île, et son point culminant à un peu moins de 1000 m. Kousk Eol paraît tout petit au milieu des barques de pêche. Petite pause empanada et nous redescendons.
Même impression qu’à Puerto Williams: nous avons vraiment l’impression d’être au bout du monde une fois de plus…
Ça va? Vous suivez? Pas besoin de faire un dessin? C’est vrai qu’une photo, ça aurait eu de la gueule…

L’île est isolée, exporte des langoustes et dépend du continent (et des touristes) pour tout le reste. La capitale Juan Batista et ses 800 habitants est vite visitée.

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San Juan Bautista et la Bahia Cumberland
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L’île vue du Nord, avec la Bahia Cumberland
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Le Sud de l’île

Juan Batista a été complètement rasée par le tsunami de février 2010… Et se reconstruit petit à petit depuis, un peu plus sur les hauteurs.

L’archipel Juan Fernandez comprend deux îles principales: Alejandro Selkirk (à 90 milles à l’ouest) et Robinson Crusoé. Toutes deux ont été déclarées réserves de biosphère par l’UNESCO. Toutes deux sont volcaniques. La relative difficulté de s’y rendre les protège un peu d’une certaine forme de tourisme: il y a bien un aérodrome, mais pour tout petits avions qui ne peuvent plus atterrir dès que le vent dépasse les 15 nds. Et de plus, l’aéroport n’est accessible qu’à pied (18 km de chemin à travers la montagne) ou en bateau (1 h de Juan Bautista, quand il n’y a pas trop de vagues). Compliqué pour les voyages dits organisés.

Nous n’irons pas à Alejandro Selkirk, car le mouillage est trop aléatoire, très mal protégé.

Dimanche 22 février: une journée bien remplie…
Après une nuit tranquille, on voulait se la faire cool: montée au mirador de Selkirk, d’où le débarqué solitaire était censé observer l’immensité de l’océan (et de sa solitude), puis la redescente pour une petite cerveza locale en forme de récompense pour l’effort accompli (eh oui, il y a une cervezeria sur l’île, qui fait les cervezas del Archipielago: ne cherchez pas, on ne les boit qu’ici).

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« LA » bière…

Selkirk, c’est celui qui a usurpé l’identité de Robinson Crusoé. Ou l’inverse… Il paraît qu’il faut demander à un certain Defoe… Selkirk aurait été déposé sur l’île suite à des divergences avec son capitaine. Il aurait même promis, au moment de se faire débarquer, qu’il avait changé d’avis, mais le capitaine lui aurait répondu que lui, non…
Son point d’observation est tout de même à un peu plus de 500 m d’altitude, par un chemin raide, donc une bonne petite marche.
Et au moment de partir, André aperçoit des gens avec des bagages se dirigeant vers le ponton d’embarquement: sûrement des passagers du vol d’aujourd’hui vers le continent. Très opportuns, nous profitons du transport vers l’aéroport, au sud de l’île, à une heure de bateau: nous reviendrons à pied par le chemin qui traverse toute l’île du sud au nord. C’est quand même mieux que l’aller-retour au mirador.

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En allant vers l’aéroport.
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Depuis le « bus » pour l’aéroport…

Le ponton de débarquement sous l’aéroport est dans une caldeira, magnifique cratère envahi d’eau et dans lequel des dizaines d’otaries à fourrure de Juan Fernandez s’ébattent… Impressionnant spectacle, juste sous nos yeux! La caldeira est apparemment une zone de reproduction, et nous pouvons admirer la production de l’année, de nombreux bébés otaries se prélassant sur le bord de mer, en vagissant à qui mieux mieux.

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La caldeira sous l’aéroport.

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Puis remontée vers l’aéroport, d’où part le chemin vers Juan Bautista. L’aéroport a été construit sur la seule partie de l’île à peu près plate et dégagée. Malheureusement peu accessible…

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L’aéroport de Robinson Crusoé.

La partie sud de l’île est désertique, avec des paysages très similaires à ceux que nous avions pu admirer à l’est de Madère.

crusoe-trek1 crusoe-trek2-otaries crusoe-trek3 crusoe-trek4 crusoe-trek5 crusoe-trek6Après deux heures de marche, nous apercevons la partie plus haute de l’île, qui capte plus l’humidité des nuages qui s’accrochent aux sommets: le paysage devient de plus en plus vert, et la végétation plus fournie.
Durant tout le trajet jusque-là, nous voyons et entendons (et sentons!) des centaines d’otaries en contrebas: la préservation de l’espèce, endémique de l’île semble, pour l’instant au moins, assurée.

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Vue vers le Sud
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Vue vers le Nord
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San Juan Bautista et la Bahia Cumberland. Kousk Eol est l’un des petits points blancs en bas à droite…

La montée vers le col qui permet de basculer sur le versant nord est raide et un peu casse-pattes, mais nous arrivons assez rapidement vers ce fameux col, connu pour être ce point de vue que favorisait Selkirk pour guetter son hypothétique secours, et se morfondre sur sa solitude…

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Plaque commémorative à la mémoire de Selkirk.

La vue est magnifique sur la Bahia Cumberland: l’oubli de l’appareil photo le premier jour est presque pardonné.

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La Bahia Cumberland, avec Kousk Eol au fond…

Puis dernière descente plutôt raide vers le village: petite pensée émue pour Richard en repensant à une certaine descente casse-pattes similaire du Mont Bego.
Puis retour tranquille vers le bateau. Un restaurant ayant eu la bonne idée de s’implanter à côté de notre annexe, nous décidons d’y savourer les cervezas que nous évoquions un peu plus tôt… Et de fil en aiguille, de discuter de la possibilité de déguster enfin une langouste de Juan Fernandez: et hop, rendez-vous pris pour 20h, langoustes au menu du soir pour les frangins!

Pour agrémenter le tout, le patron du resto était présent lors du tournage de l’émission Ushuaia à Robinson Crusoé: apparemment notre ex-cathodique pseudo-surfeur de vague écologique de présentateur s’est plutôt tourné en ridicule lorsque les locaux ont pu visionner l’émission… Le voilier qui le montre fièrement à la barre et le commentaire laissant à penser qu’il a traversé depuis la Polynésie ne sont qu’une pure esbroufe: le bateau était au mouillage, attendant gentiment que le pathétique donneur de leçons fasse semblant devant la caméra d’avoir bravé les infinis océans, le fou héroïque!
Et il semble qu’une grande partie de l’émission ait été à l’avenant… On comprend mieux qu’il essaie de se recycler en politique…
Bref: le courant n’est pas trop bien passé sur l’île.

Ce qui ne nous a pas empêché de déguster notre langouste, rassurez-vous! On vous le disait: journée bien remplie… On devrait bien dormir cette nuit!

23 février. Aujourd’hui, journée tranquille à bord. Il faut songer au départ, vers Arica. André se mouille encore une fois pour nettoyer la ligne de flottaison, jugée indigne de marins tels que nous. Et il faut aussi re-sécuriser les bidons de gas-oil le long des filières. On en profite aussi pour déboucher le brûleur du réchaud: la cuisine devrait prendre un peu moins de temps!

Petite visite à terre tout de même, avec tentative hautement infructueuse de connexion à Internet: la mise à jour du blog attendra Arica! Nous allons voir les grottes qui ont abrité les patriotes de la guerre d’indépendance: 300 prisonniers des Espagnols isolés sur l’île au début du 19e siècle.

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Nous avons rencontré plusieurs Français sur l’île: une assemblée de radioamateurs venus faire des tests de portée vers les USA et le Japon. En tout plus d’une vingtaine de fêlés comme nous, poussés par leur passion: quand même plus d’une tonne de matériel à faire venir, débarquer et installer, pour quelques jours! Ils ont un site: «  juanfernandez2015.com ».
Et ne vous méprenez pas sur le « fêlés »: un grand philosophe (une citation d’Audiard, ça vaut bien 20 déclamations du bellâtre en chemise blanche négligemment ouverte, non?) a dit qu’eux au moins laissent passer la lumière. Nous sommes fiers d’en être!

Le soir tombe: pas de temps à perdre pour un dernier pisco sour (excellent) avant de retourner à bord. Et par-dessus le marché, nous nous faisons offrir deux kilos de thon fraîchement pêché. Pas pire pour le repas!

24 février. Nous partirons ce soir vers Arica: le vent devrait nous pousser vers le nord durant les 2-3 prochains jours, avant une période plus calme…

Ce matin est arrivé un voilier, Troubadour, un beau Swan 47: un couple de Français en route vers la Polynésie, et venant aussi de Puerto Montt. Que nous retrouverons peut-être vers Tahiti.

Derniers pas sur l’île, retour à l’Armada pour les formalités de départ: même questions, même formulaire à remplir, toujours dans la bonne humeur. Ah, cette fois on nous demande la hauteur du franc-bord: nous on n’est pas contre un peu de nouveauté!

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Ne pas oublier la Poste!

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Puis un petit pèlerinage vers le lieu de commémoration du sabordage du Dresden, cuirassé allemand, pris en chasse par les Britanniques en 1915, qui repose maintenant par 65 m de fond dans la baie.

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Les canons du Dresden?

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Délicieuses empanadas de poulpe au Brisas de Mar et retour sur Kousk Eol pour nous préparer: un peu plus de 1000 milles pour Arica, avec du vent prévu les premiers jours.

En rentrant au bateau nous passons par Troubadour, le beau Swan 47 d’un couple de Français arrivés plus tôt dans la journée: eux aussi viennent de Puerto Williams et les canaux. Et se dirigeront un peu plus tard vers la Polynésie. Ils ont eux aussi un problème de réception de données avec leur Iridium: nous leur donnons un coup de main rapide pour valider que ce n’est pas un problème de téléphone. Comme nous il y a quelque temps…

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2 réflexions sur « L’île de Robinson Crusoé »

    1. Balkany, c’est qui, ça? A vrai dire, les dernières personnes auxquelles on pense en venant ici, c’est bien eux… Pauvres terriens qui ne peuvent s’en passer…
      Il y a heureusement quelques formes de pollution auxquelles ces îles échappent.
      Pour le moment… Il y a bien eu l’émission Ushuaia, mais même les otaries ne s’en souviennent pas.

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