… quam minimum credula postero.

Ainsi parlait Horace, qui ne devait tout de même pas être un marin émérite : « Carpe diem… ».

Une bande de soi-disant voileux décida un jour de mettre cette maxime en pratique, suite à une réflexion du DD : « Pourquoi ne ferais-tu1 pas traverser Kousk Eol vers les Antilles ? Hein ? Dis voir… ».

Très vite, Jacques, équipier récurrent de Kousk Eol, et multi-récidiviste en termes de trans-océaniques, réserve sa place à bord : « Ce sera ma huitième traversée de l’Atlantique, alors tu comprends… ».

Hervé, François et Yan, tous les trois pratiquants inconditionnels de la voile depuis longtemps, ont eux sauté sur l’occasion de faire leur première grande traversée : « Réalise bien, Claude, tu vas avoir besoin de bras, avec ton âge… ». De vrais amis, quoi.

Le Glaude, on n’en parle même pas : normalement acolyte du DD susnommé dès qu’un mauvais coup aquatique autant que venté se profile2, n’a pas eu à être vraiment poussé pour se décider.

Et donc, le toujours vaillant Kousk Eol est bichonné pour cette croisière hivernale vers les cocotiers et les espoirs de ti-punch sous le soleil couchant d’îles paradisiaques (voir les articles précédents)…

La fine équipe presque au complet.

Le départ est prévu pour le 5 novembre en milieu de journée. Bien sûr, la météo a son mot à dire quant au bien fondé de cette décision : le départ se fera en fait le 4 pour éviter un coup de tabac dans le parfois terrible golfe du Lion. La veille, le ponton sur lequel Kousk Eol était amarré dans le port de Toulon s’est même arraché du quai contre lequel il était fixé, sous les coups de boutoir d’un violent vent de sud-ouest. Résultat : interdiction de rester à bord sur décision de la capitainerie, il faut dégager du ponton pour éviter les accidents… Pas grave, l’hospitalité de Marie Jo et André compensera : c’est bien au sec et le ventre plein que nous passons notre dernière nuit à terre.

Très vite, le vent et la mer donnent le rythme de cette étape initiale : le golfe du Lion ne faillit pas trop à sa réputation et la première partie de la nuit sera mouvementée. Mais nous avançons bien et arrivons en fin de journée le lendemain dans un mouillage très tranquille, la Cala Fosca, juste au nord de Los Palamos sur la côte espagnole. Très bien pour récupérer de la première nuit en mer. Le lendemain, c’est une belle journée qui nous accompagnera jusqu’à Barcelone, mi-voile, mi-moteur.

Après la nuit, le petit café…

C’est à Barcelone que nous récupérons Yan, qui n’avait pu prendre le départ de Toulon pour raison professionnelle : en tant que charpentier montrant un minimum de considération pour ses clients, il ne pouvait décemment pas laisser une maison sans toit sous le prétexte qu’il avait envie de faire un tour sur l’eau… La sophistication des menus devrait à bord s’en ressentir : Yan a préparé pour la traversée une douzaine de bocaux de conserve de plats mijotés que la plus élémentaire décence m’interdit de décrire ici afin de ne pas soumettre vos glandes salivaires à un supplice par trop insupportable. Bon allez, juste un coup : ce soir, c’est foie gras arrosé d’un petit jurançon. Pas pire.

Petit déjeuner sur Kousk Eol.

Mais pour l’instant, il faut mettre cette journée d’attente à profit : réparation des bandes anti-UV du génois et de la trinquette, manchon de protection contre le ragage pour cette dernière, rafistolage du lazy-bag, mise à jour des logiciels de navigation de l’ordinateur de bord, etc. Il restera à purger les vérins du pataras et à revoir le filtre à air du moteur (Comme disent les mécanos italiens : « L’arrivée d’air chie… »).

Et évidemment, démarrage un peu plus sérieux de ce blog.

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1 Le « tu » s’adressant ici à Claude.

2 Pour les lecteurs béotiens, les deux frangins qui se la pètent grave dès que l’occasion se présente ont raconté une partie de leurs exploits iodés dans un incontournable de la littérature humide, à savoir « Carrément à l’ouest ».

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