Archives de catégorie : Le voyage

20 mai 2016 – Les Samoa


Petite république faisant partie du Commonwealth britannique, les Samoa sont formées de deux îles principales : Savai’i et Upolu (quarante milles sur douze environ, et environ deux cent mille habitants), sur laquelle se trouve Apia, la capitale.

C’est bien planquée au fond du port que nous avons déniché la petite marina récente qui nous accueillera : trois voiliers, et tous les trois des Français. On en déduit quoi ? Il y a tout de même un peu d’animation : les Samoa sont réputées pour la pêche au gros, et des Néo-zélandais sont ici pour quelques jours pour en profiter.

ConcoursPeche
Concours de pêche à Apia.

C’est dans cette marina que se font les formalités d’entrée, par le fonctionnaire des douanes en jupe noire, et celui de l’agriculture en jupe verte, toujours avec le sourire et le souci d’avoir été agréable au visiteur.

Sur le ponton voisin, un Kirk de 1972, Néfertiti : c’est celui d’Émilie et Frédéric, qui viennent de passer six mois ici, attendant la bonne saison pour repartir. Ils arrivent de Nouméa, et se dirigent vers Tahiti, avant de continuer, toujours à l’est pour eux, et donc contre les vents dominants. La soirée à bord de Kousk Eol passera à échanger des tuyaux sur les bonnes escales, et à déguster un curry de thon jaune, celui que Maurice nous a sorti juste avant l’entrée dans le port. Nous en profitons pour préparer notre séjour en Nouvelle-Calédonie avec eux.

Le centre-ville n’est pas loin de la marina : nous y allons à pied. Comme à Pago Pago, le centre est un peu diffus, à part quelques bâtiments comme des banques, un hôtel, le building du gouvernement…

Apia

Apia-rue2

Apia-rue
Apia.
Cathedrale1
La cathédrale d’Apia.
Cathedrale2
Intérieur de la cathédrale.

Les Samoans dans leur grande sagesse ont décidé en 2009 de passer de la conduite à droite à la conduite à gauche. La raison ? Pas pour bien se faire voir du reste du Commonwealth, mais plutôt pour avoir des voitures moins chères, importées directement du Japon (qui roule aussi à gauche) plutôt que de transiter par la Nouvelle-Zélande lorsqu ‘elles sont modifiées pour rouler à droite, la taille du marché local ne permettant pas l’importation directe aux Samoa de tels véhicules, économiquement parlant. Du coup, toutes les voitures ici ont les indications en Japonais.

Paresse extrême conjuguée avec un petit coup de fatigue ? Nous mangeons au MacDo du coin… Ne nous jetez pas la pierre : aucun resto dans le quartier ne nous tentait. Promis : on ne le refera plus !

McDo
On l’a fait…

Après un succulent festin, nous décidons d’aller voir où Robert Louis Stevenson avait choisi de passer les dernières années de sa courte vie (quarante-quatre ans). Nous attaquons la côte vaillamment à pied, pour rapidement héler un taxi : le musée Stevenson est finalement beaucoup plus loin que prévu, et il fait chaud. Caramba : le musée est fermé, et la maison de l’écrivain voyageur ne se visite pas aujourd’hui.

RLSM2
Entrée du parc du musée RL Stevenson.
RLSM1
La petite masure de Stevenson.
RLS-Bureau
Son bureau.

Tant pis. Qu’à cela ne tienne, nous irons nous recueillir sur sa tombe, à trois quarts d’heure de marche d’un chemin qui grimpe bien.

TombeRLS
La tombe de Stevenson qui domine Apia.

La sobre tombe offre un magnifique point de vue sur l’océan.

FromRLSM
Vue depuis la tombe.
AvecEmiieFred
Avec Fred et Emilie.

Au retour, pause au Home Cafe, tenu par deux charmants rérés, avant de rejoindre Kousk Eol. Une Samoane nous recommande de louer une voiture plutôt que de prendre un taxi pour visiter l’île demain dimanche. Elle s’occupe de tout et nous nous retrouvons avec une voiture livrée au bateau, et une recommandation d’itinéraire qui semble prometteuse, pour moitié moins cher que le taxi…

22 mai, 8h45 : un SMS de Nu, notre loueuse, nous suggère d’annuler la réservation pour la voiture au vu de la situation météo. Il a beaucoup plu cette nuit, et le temps ne s’est pas améliorée avec le jour. On tergiverse, pour finalement décider d’y aller tout de même. Nous partons vers le sud de l’île par une belle route qui traverse depuis Apia. La campagne samoane est bien verte, et on comprend pourquoi. Au contraire des autres îles visitées jusqu’ici, nous voyons de petites exploitations, avec vaches, cochons… Le relief est un peu moins abrupt, mais offre de beaux points de vue, comme la cascade Papapapai-Uta.

Cascade
La cascade Papapapai-Uta.
Fleurs2
Jolie fleur…

La côte sud, que nous suivons vers l’est, est habitée pratiquement tout le long. Chaque maison semble avoir sa « halle » ouverte pour les réunions avec la famille ou les proches, voire pour faire une sieste au frais. Comme à Tutuila, beaucoup d’habitations ont la tombe de leurs proches sur le devant, plus ou moins monumentale.

Habitat2

Habitat1

Habitat3
Maisons.
Repos
Abri de repos.

Et évidemment, ici aussi, il y a pléthore d églises…

Eglise
Une des nombreuses églises.

À midi, nous nous arrêtons à la pointe sud-est de l’île pour déjeuner, vers le cap Tapaga : ce sera un repas samoan, avec porc, poulpe, poisson cru, taro (arbre à pain).

RepasSamoan
Buffet samoan.
RestoPteSE1
Deux samoans attendant de se repaître.

Le restaurant est au bord d’une magnifique plage, Saleapaga.

PoineSE1
Plage de Saleapaga.

Au loin, on aperçoit Tutuila, île du jour d’avant comme dirait Umberto (notre île d’hier à nous) : c’est déroutant de se dire qu’à Pago Pago, à une cinquantaine de milles, ils sont un jour avant nous, alors qu’ils sont à portée de vue… Mais que fait Einstein ?

IleHier
Tutuila, l’île d’hier, devant la petite île de Nu’utele.

Au retour, nous allons voir une curiosité géologique, To Sua Trench : un ancien puits de cratère rempli d’eau, et communiquant avec la mer. La forme ressemble aux cénotes du Yucatan, mais l’origine est très différente.

Cenote
Le puit volcanique, où se mélangent eau douce et eau salée.
Ficus
Ficus.
MareLave
Baignoires de lave.

Au retour sur Kousk Eol, nous nous faisons inviter sur Scolopax1, l’autre voilier français, un beau Dufour 500 qui est parti de France lui aussi, et qui visiblement s’accommode mal de navigations aussi longues. Le monde est petit, comme nous avons eu plusieurs fois l’occasion de le constater : Xavier, le propriétaire, est le pharmacien de Perros Guirec, et donc nous recommençons à évoquer des souvenirs communs. Où achetez vous votre kouign-amann ? Vous connaissez le poissonnier au rond point de Trégastel ? Et Ker Manuelle ? Etc.

Marina
Kousk Eol et Scolopax juste à côté.

23 mai : aujourd’hui nous faisons les formalités de sortie pour aller vers Wallis, à environ deux jours de navigation.

1– Non, ce n’est pas un médicament, mais le nom savant d’une bécasse qu’on trouve en Bretagne.

Vers les Samoa

Mercredi 18, 21h : le repas avalé, nous quittons notre mouillage au fond de l’estuaire de Pago Pago pour Apia, notre prochaine étape sur l’île d’Upolu, capitale des Samoa. Petite traversée de moins de cent milles : nous devrions arriver en milieu de journée demain.

Le vent est musclé comme il faut : quinze à vingt nœuds, et le premier bord de près pour sortir du chenal nous rappelle que Kousk Eol peut gîter. Dehors, c’est une houle solide qui nous attend : le bateau ne se prive pas de rouler quand nous devons abattre et nous mettre au largue. Mais nous avançons bien, autour de huit nœuds.

Entre les îles, le vent forcit et monte au-delà de vingt nœuds : nous supportons bien notre ris dans la grand-voile, et un génois roulé à moitié, qui n’empêchent pas de faire des pointes à plus de neuf nœuds.

Comme à chaque fois que nous arrivons dans un nouveau pays, il faut respecter l’étiquette et mettre le pavillon national de courtoisie, ainsi que le pavillon jaune indiquant que nous n’avons pas encore effectué les formalités d’entrée.

couleurs
Les couleurs…

Au petit matin, l’île d’Upolu, la plus grande des Samoa est en vue. Apia, la capitale, approche.

samoa2

samoa1
Les Samoa au petit matin.

Mais qui nous a donc piqué notre jeudi ?

Entre temps, sans que personne ne nous prévienne, nous franchissons la ligne de changement de date, et nous prenons brutalement un petit coup de vieux : on était tranquillement jeudi ce matin vers sept heures, et v’la-t-y pas que soudainement, nous nous retrouvons deux secondes après vendredi à sept heures… Pour faire les malins, on est passé brutalement d’UTC-11 à UTC+13. Vlan ! Qui va nous rendre notre jeudi ? Y a pas une loi pour empêcher ces arnaques? Mais que fait la police ?

Bon d’accord : on a fait moins bien que Phileas Fogg sur ce coup, mais on prendra sur nous…

Petit coup de VHF canal 16 avec la capitainerie du port d’Apia, et nous sommes dirigés vers la minuscule marina au fond du port, où nous sommes priés de rester à bord jusqu’à ce que les autorités arrivent.

marinaApia
Dans la marina d’Apia.

Pas grave : on avait justement un thon jaune de six kilos franchement pêché à transformer en carpaccio…

thon1

thon2

thon3
Le petit thon jaune.

18 mai – Pago Pago et l’île de Tutuila

Tutuila est la plus grande île des Samoa américaines (dix-sept milles sur quatre), dont Pago Pago est la capitale. C’est un territoire américain, avec son propre gouverneur élu tous les quatre ans. C’était une base de la marine américaine durant la dernière guerre : l’aérodrome, maintenant civil, en est un des vestiges.

L’île est faite sur le même modèle que les Marquises : volcaniques, très vertes et très montagneuses. Ne vous inquiétez pas : je ne vais pas refaire le couplet sur la nature qui ne sait pas se renouveler.

Pago Pago est à peine un village, mais avec tout de même une dizaine d’églises de confessions diverses. Mais c’est avant tout un port assez actif, de pêche principalement : un grand nombre de ratisseurs des mers font la queue devant d’imposantes conserveries qui contribue largement à l ‘économie de l’île.

Bouee
Ah mais elle est donc là, la verte qu’on a cherché cette nuit?

C’est à couple d’un remorqueur-pilote que nous devons nous amarrer pour faire les formalités d’entrées, avec des fonctionnaires plutôt débonnaires, avant qu’une place ne nous soit assignée.

Tug
A couple du remorqueur.

La confiance étant de mise, tout se passe sur le quai, presque sous la pluie : personne ne monte à bord.

Il ne faut pas rigoler avec les Samoans : ils font tous au moins un mètre quatre-vingts, et même en jupette, ça impressionne. Quoi ? Moi aussi je fais un mètre quatre-vingts ? Oui, mais en hauteur, moi ! De plus, ils sont censés avoir peuplé toute la Polynésie, jusqu’à l’Île de Pâques et Hawaï. Des bons, quoi.

La capitainerie, une fois les formalités accomplies, nous envoie mouiller au fond de l’estuaire : nous y trouvons une bouée libre qui semble bien convenir. Ça évitera d’avoir à utiliser l’ancre sur des fonds incertains. Et nous ne traînons pas pour mettre l’annexe à l’eau pour faire un tour de ville. Surtout que le mouillage n’est pas terrible : dans une eau de couleur douteuse, et sous le vent des conserveries…

Du bateau, nous apercevons un imposant MacDo, mais on sait bien maintenant que ce n’est plus une preuve que l’on est en territoire américain.

MacDo
MacDo samoan.

Vite fait, le tour de ville : il n’y a pas vraiment de centre, et l’habitat est très clairsemé. Comme à Tahiti, les belles maisons sont sur les hauteurs, un peu dans la brume aujourd’hui.

eglise1
Vers le centre de Pago Pago.
maison1
Maisons à Pago Pago.

maison2

artSamoan
Art samoan.

Nous mangeons sous une tonnelle locale à midi : poulet et légumes nous changent un peu du poisson-riz/pâtes de ces derniers jours, même si c’est loin d’être de la cuisine fine. La vie semble un peu moins chère qu’à Tahiti si on peut en juger par les quelques courses que nous faisons.

Nous louons une voiture pour visiter Tutuila. La première impression est confirmée : ça ressemble beaucoup aux Marquises, avec les mêmes sommets très verts et escarpés, une forêt dense, et pas de lagon (quoi qu’ici on puisse voir un embryon de platier). Le versant nord reste très arrosé ici, au contraire des Marquises.

rocher2
Le platier.
foret
La forêt des Samoa.

Comme ailleurs en Polynésie, les évangélistes n’ont pas chômé : il y a un nombre incroyable d’églises, toutes plus imposantes les unes que les autres. J’ai un peu de mal à croire que c’était la priorité en termes d’investissement local (opinion tout à fait personnelle), sans vouloir nier l’importance de la nourriture spirituelle.

eglise2

eglise3

eglise4
Eglises aux Samoa.

Le culte des morts est très présent ici : souvent, les tombes des proches sont placées devant les maisons.

maisonTombes

maisonTombes2
Maisons et leurs tombes.

Le long de la côte sud, on aperçoit des restes de pitons de lave posés sur des embryons de platier, généralement avec leurs cocotiers au sommet.

rocher1

rocher3
Pitons volcaniques.
plage
Plage.

La route qui mène sur le versant nord passe devant les conserveries : l’odeur forte de parfum « Nuoc Mam #1 » ne permet aucun doute. Ces conserveries sont essentielles pour l’économie de l’île et un grand nombre de Samoans y travaille. Puis la route continue par un petit col dominant le port de Pago Pago et son joli estuaire.

estuairePago
Estuaire de Pago Pago.
coteNord2
La côte nord.

La forêt que nous traversons est magnifique : nous comprenons sans difficulté pourquoi elle est qualifiée de « rain forest », avec ses espèces endémiques d’oiseaux et chauve-souris.

foret
La côte nord et sa forêt.

Il ne faut pas oublier que les îles, par ici, ont été formées par l’activité volcanique. Et il peut encore se produire des éruptions, sous-marines, elles-mêmes produisant des tsunamis.

tsunami
En cas d’alerte…

On ne conclura pas que Pago Pago, c’est Nyvapas Nyvapas1 : il y a certainement de très jolies balades à faire, de la plongée dans le parc au nord, mais ce n’est pas la plus attirante des îles que nous ayons visitées jusque-là.

1– On est tout à fait d’accord : c’est nul…