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Traversée Pointe à Pitre-Toulon Mai-Juin 2021 : les préparatifs

La préparation – 7-11 mai

Kousk Eol ayant navigué récemment, la liste des préparatifs n’est pas trop longue, mais néanmoins essentielle avant de partir :

  • Gréer la trinquette, notre voile d’avant de gros temps.
  • Mises à jour et vérifications de l’électronique du bord.
  • Changer les balais du moteur de la pompe du pilote automatique.
  • Installation d’un module d’économie d’énergie pour le même pilote.
  • Achat de jerrycans et plein de gasoil.
  • Nettoyage de la coque.
  • Avitaillement.
  • Vérification du moteur.
  • Changement de la manille de l’ancre, celle en place présentant de forts signes d’usure.
  • Changement de la batterie de l’EPIRB.
  • Vérification du bon fonctionnement de l’Iridium.

Trinquette

Cette opération n’est pas trop compliquée et menée à bien rondement. Ce qui permet accessoirement d’aérer la soute à voile, qui sent un peu le renfermé.

La trinquette n’avait pas été regréée pour les navigations autour de la Guadeloupe qui ne nécessitaient pas une telle voile.

Informatique/électronique du bord

Nous utiliserons OpenCPN sur un PC comme d’habitude en tant que base pour notre navigation (Position GPS, GRIBs, AIS, répétiteur des instruments du bord). Nous avons Navionics sur une tablette en secours, et pour les approches.

Les versions à jour des logiciels sont installées.

Un téléphone Iridium permettra de charger les fichiers météo régulièrement.

Moteur/pompe du pilote

Notre pilote automatique a fonctionné sans trop de problèmes depuis que nous avons le bateau, et même après notre tour du monde. Il était temps de lui dponner un petit coup de jeunesse. Malgré les indications du site de Lecomble et Schmitt insistant sur la facilité de changement des balais et de la mise en place du module d’économie, nous y passerons une bonne matinée à trois avant d’y arriver. J’entends déjà ceux qui ricanent : « Équipage de bras cassés ! ». Mas sur Kousk Eol, la bave de la baudroie1 n’attend pas l’immaculé et fier albatros…

Le module économiseur est censé diminuer significativement la consommation électrique du pilote : on vérifiera tout ça !

Pour rappel, en navigation, l’énergie électrique est fournie pas des panneaux solaires et une éolienne, voire le moteur quand ce dernier est utilisé. Cette énergie est stockée dans des batteries, dont la capacité est limitée, d’où l’intérêt de bien contrôler et limiter son utilisation.

Gasoil

Pendant cette période de pandémie troublée, la pompe n’est ouverte que samedi et mercredi : nous ferons le plein en partant, le mercredi 12 mai.

Et comme durant cette traversée il faut prévoir de la pétole, et donc du moteur, nous achetons quatre jerrycans de vingt litres, en plus des 200 litres du réservoir. Ça devrait nous assurer un peu plus de trois jours d’autonomie.

Nettoyage de la coque

J’avais appelé la marina pour être sur la liste des bateaux à sortir de l’eau. Mais bien sûr, en arrivant, nous apprenons que le travel lift est en révision, et ne sera pas disponible avant notre départ… Nous faisons donc appel à Dan le Plongeur pour qu’il nous nettoie la coque afin de gagner quelques dixièmes de nœuds. Il doit passer lundi 10.

Lundi 10 ; bon, Dan annonce qu’il passera finalement mardi 11…

Mardi 11 : Dan arrive comme promis, et nous nettoie la coque. Nickel ! Même les anodes sont en bon état.

Un vrai carénage avec antifouling sera fait en arrivant en métropole.

Moteur

Il faut vérifier qu’il démarre bien, que la pompe à eau de mer fonctionne, qu’il y a de l’eau douce dans le circuit primaire de refroidissement et que les niveaux d’huile (moteur et inverseur) sont corrects.

Le moteur démarre quasiment au quart de tour, la pompe recrache joyeusement un flot d’eau de mer rassurant. Et pas une fumée en vue. Pas pire.

Vérification des mouillages

La manille de l’ancre principale montre des signes d’usure. Elle est donc remplacée : la petite disqueuse du bord fera son boulot en coupant la vieille manille complètement grippée.

Avitaillement

C’est un gros poste ! Il faut prévoir à manger et à boire pour environ trois semaines. Et trouver le bon équilibre entre frais et conserves.

Le frais est périssable, souvent assez rapidement à bord d’un voilier. Tomates, courgettes, bananes, viande ne durent que quelques jours. Patates, citrons, oranges, oignons, chou, œufs durent beaucoup plus longtemps.

Le riz et les pâtes reviendront assez régulièrement dans les menus.

Nous disposons de 500 litres d’eau douce, utilisés entre autre pour la cuisine et les boissons chaudes. Nous prendrons des bouteilles d’eau douce en complément : un litre par personne et par jour, soient 80 litres pour cette traversée qui devrait durer environ 17 jours.

Nous louons une voiture pour l’occasion : en deux aller-retour, les courses sont faites…

EPIRB2

C’est une balise de détresse automatique, envoyant le nom du bateau et la position de la balise, via satellite, afin de déclencher des secours partout autour du monde.

La batterie de la nôtre étant périmée, il a fallu la changer avant la traversée.

Iridium

Nous avons un téléphone satellitaire à bord, un Iridium.

Ce dernier est d’abord un équipement de sécurité :

  • Pour récupérer les fameux fichiers GRIB de la météo.
  • Pour appeler des secours éventuellement.

C’est aussi un bon moyen pour communiquer régulièrement notre position, via SMS, pour que nos proches puissent suivre notre progression. Il faut installer les logiciels de contrôle, ce qui ne peut être fait que lorsque le numéro de téléphone a été attribué et la carte SIM activée, le 10 mai. En effet l’abonnement choisi dure deux mois, et donc on le fait démarrer le plus tard possible.

Pour contacter Kousk Eol, reportez-vous aux explications ici.

Nous ne l’utilisons pas en téléphonie car les communications sont très chères.

Et ensuite ?

Ben c’est le départ, les copains… Le plan est d’aller se faire un dernier mouillage à Marie Galante le 12, avant de partir vers le nord pour contourner l’anticyclone des Açores et récupérer des vents un peu plus portants. Mais ça, c’est la théorie…

Ah, au fait : Eric est arrivé comme prévu le 11 mai, tout frais vacciné…

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1 Qu’en savez vous, que la baudroie ne bave pas ?

2 Emergency Position Indicating Radio Beacon.

traversée Pointe à Pitre-Toulon Mai-Juin 2021-Episode 1

Petit rappel de la situation

Kousk Eol avait traversé de Toulon à Pointe à Pitre autour de Noël 2019, et le projet était de naviguer aux Antilles pendant un an et demi. C’était évidemment sans compter sur ce putain de saloperie de merde de cochonnerie1 de Covid 19… Chacune de nos tentatives pour profiter de la douceur des îles s’est transformée en débâcle lamentable avec retour prématuré vers la métropole…

Pour éviter d’avoir à payer l’octroi de mer2 au bout des 18 mois fatidiques, la décision est prise de rentrer à Toulon. La date de départ pour cette traversée sera un compromis entre les autorisations gouvernementales et la situation météorologique.

L’équipage

Une traversée retour de l’Atlantique Nord nécessite assurément un équipage de choc… Les expérimentés recruteurs de Kousk Eol se sont mis en chasse et il faut dire que leur sélection est impressionnante :

  • À tout seigneur tout honneur : Jacques, dit l’Amiral, dispensera sa très grande sagesse sur ce bord. Passages du Cap Horn et du Cap de Bonne Espérance obligent, son expérience sera précieuse. Il a déjà travaillé sur au moins une vingtaine de scenarii pour cette traversée, poussant notre logiciel de routage dans ses limites… Il en sera à sa neuvième traversée.
  • Hervé, comme lors de la précédente édition, sera le petit jeune du bord. Breton revendiqué avec un lourd passé de régatier, il s’assurera que Kousk Eol soit à son maximum, avec comme seule dérogation à cette règle les moments où il faudra capturer un peu de protéines halieutiques.
  • Eric est un ami de plus de cinquante ans3 de Claude. C’est lui qui a emmené ce dernier faire sa première sortie en « gros » bateau, histoire de lui montrer qu’il existe autre chose que les dériveurs… Eric a gagné un Tour de France à la voile, et participé à de nombreuses régates, dont le terrible Fastnet de 1979. Lui aussi n’en est pas à sa première traversée .
  • Et pour finir, Claude, dit le Glaude, un des deux frangins qui se la pètent. Sans doute en reconnaissance de son côté dictateur, il fera office de skipper sur Kousk Eol. J’ai comme l’impression qu’il sera marqué de près au pantalon de ciré.

C’est pas un équipage de rêve, ça ?

Hervé, Jacques et Claude sont arrivés le 6 mai, après un vol sans histoire depuis Orly, dans un avion plein, vaccinés contre le Covid et testés négatifs. Une autorisation fournie par la préfecture de Guadeloupe précisant que préparer son voilier pour une transat retour était un motif impérieux a facilité les contrôles.

Kousk Eol était à son poste, propre et sec, gardé par nos voisins de ponton. La marina est un peu endormie suite aux mesures de confinement et de couvre-feu. Donc, le peu de gens sur les bateaux se regroupent le soir pour briser la monotonie ambiante : c’est ainsi que nous ne tardons pas à avoir nos voisins, et les voisins de nos voisins à bord un soir. Et parmi eux Eric Dumont, qui accumule deux Vendée Globe avec transats anglaises et routes du rhum à son palmarès, parmi une vie de régates prestigieuses. Tout ceci pour un total de cinquante-neuf traversées de l’Atlantique au compteur. Cinquante-neuf : nous sommes loin du compte !

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1 Ah, je me sens mieux !

2 Taxe sur certains produits d’importation dans les îles françaises.

3 Je ne vois pas ce qui vous fait rire, ici.

Vers Gibraltar, enfin…

Lundi 18 novembre 2019, 7 heures. Départ vers Gibraltar, que nous espérons atteindre avant la tombée du jour…

Les contes de GRIBB1
Aujourd’hui est un autre jour, et les météorologues, ces poètes si mal connus qui savent mieux que quiconque narrer le cumulus, l’aquilon autant que l’affusion orageuse, nous ont préparé une belle fable de leur cru, qui commence ainsi : « Vent synoptique 2 à 4 nœuds, rafales de 15 à 20 nœuds. ». Bref, nous sommes en Méditerranée… D’ailleurs, les bulletins météo préviennent : « Les rafales peuvent être supérieures à 40 % au vent. ». 40 %?

Et Benalmadena dans tout ça ? Une marina bien équipée, dont les architectes ont dû s’inspirer de Port Grimaud, en nettement plus kitch. Un assemblage de meringues tarabiscotées envahi l’été par les touristes (un peu plus calme en cette saison).

Les superbes appartements de Benalmadena.

La toile anti-roulis a été réparée et renforcée : les prochains coups de gîte sont attendus de pied ferme !

Nos copains de Kawaine, Dominique, Ghislaine et Julie, sont venus pour l’apéro hier soir, déguster la quiche préparée par Yan : eux aussi visent Gibraltar en fin de journée.

Le ciel est comme les autres jours très dégagé, et permet d’admirer le bétonnage massif de la côte, qui a dû être belle, il y a longtemps. Malaga, Marbella… Des noms qui font rêver ? Oubliez ! Passez votre chemin !

Après un démarrage prometteur sous voile, avec des pointes à 9 nœuds, c’est de nouveau Volvo qui prend le relais, trois heures après le départ. Et vers dix heures, le rocher de Gibraltar se profile au loin. Même les côtes d’Afrique, vers Ceuta.

Quelques fous de Bassan nous font des démonstrations de plongeon.

Entre temps, le vent est revenu, et les exercices de prise/lâché de ris s’enchaînent ainsi que les bords plus ou moins carrés. Et le rocher est maintenant à moins de vingt milles. Moment magique : nous tirons un bord sur le bon cap, dix milles à neuf nœuds sur une mer légèrement assagie.

Gibraltar, droit devant!

Et puis c’est la Tour Victoria, le phare du sud de Gibraltar : on roule le génois et la fin se fera au moteur. Le niveau d’excitation du bord atteint des sommets.

Victoria Tower.

Appel à la Marina Alcaidesa, juste au nord de Gibraltar : ils ont de la place pour nous, et nous attendent. 17 heures 15 : amarrés devant la capitainerie pour la paperasserie, puis 18 heures, à poste sur catway. L’Atlantique est en vue…

Le trafic dans le détroit…

Deux semaines jour pour depuis notre départ de Toulon : ce n’est certainement pas un record de vitesse, mais côté coups de vent, nous avons été gâtés !

Demain, journée repos, et visite du rocher.

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1 De François, lui aussi poète au nez bouché dès potron-minet.