Baie de Prony et Ile des Pins – 12-19 juillet 2016

La première étape après Nouméa sera la baie de Prony, où les baleines viennent se reproduire. Rappelez-vous : admirer ces monstres est sur la liste de Cathy et MarieJo. La baie est à une trentaine de milles à l’est, pas loin de la passe Havannah que nous avions emprunté en arrivant du Vanuatu. Mais nous n’arriverons pas jusqu’à la baie : le vent n’est pas de la partie, et nous nous arrêtons dans la baie Ouie1 pour la nuit.

Le lendemain, Prony n’est plus qu’à une douzaine de milles. Et nous voyons effectivement des souffles au loin dans le fond de la baie. Mais pas de chance aujourd’hui : c’est tout ce que nous verrons des baleines cette fois…

Nous mouillons dans la petite Baie à Toto, au fond de la Bonne Anse, à l’est de la baie de Prony. Et histoire de ne pas rester sur un échec, nous débarquons avec l’annexe pour monter sur la crête et tenter d’apercevoir le sud du lagon et l’Île des Pins. Tenter, car la végétation se la joue jungle impénétrable, et après une bonne heure à crapahuter en zigzagant entre les buissons, les arbustes, les racines, la majeure partie de l’équipage de Kousk Eol décide que finalement, le cockpit du bateau offre un confort et un point de vue sur la baie tout à fait acceptables.

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Kousk Eol dans la baie à Toto.
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La baie de Prony au loin.
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Deux aventurières rencontrées au gré de nos balades…

Après une nuit calme, nous levons l’ancre pour le sud et l’Île des Pins, à quarante milles. Oui, mais avec le vent dans le nez : nous ferons finalement presque le double avant d’arriver dans la baie de Kuto, sur la côte sud-ouest, en début de soirée. Entre temps, une bonite se sera fait prendre et finira dans nous assiettes.

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Viande fraîche pour ce soir!

Une demi-douzaine de voiliers semble nous attendre dans le fond de la baie.

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Le mouillage dans la baie de Kuto.
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Le repas n’est pas loin…

Le lendemain, un énorme bateau de croisière ancré plus au large débarque sa cargaison de touristes par navettes successives, pour le bonheur des marchants de souvenirs.

Du coup, une activité inhabituelle règne sur le village. Les plages, dont le sable est très fin et blanc, sont squattées. Des vans proposent des tours de l’île. Nous avons repéré un restaurant donnant sur la plage : DD l’addict à l’espresso ristreto décide d’aller tester. Le café est bon et la vue sur la baie est agréable : nous reviendrons !

Les rochers en forme de champignons nous rappellent les structure vues aux Fidji : socle corallien poussé vers le haut par la pression tectonique, et grignoté lentement par la mer par le bas.

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Les « champignons » de l’île des Pins.

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On vous passera cette fois le chapitre sur les plages idylliques où il fait bon se baigner au milieu des poissons multicolores et peu farouches, sans voisin avec qui partager ce bout de paradis. Par pure humanité.

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La plage, bordée de pins colonnaires majestueux.

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Un chapitre de l’histoire de l’Île des Pins est un peu glauque : vers la fin du dix-neuvième siècle, il fallait trouver un remplacement au bagne de Cayenne, dont l’île du Diable devenait invivable, même pour des conscrits. Et il avait été décidé d’accélérer la colonisation de la Nouvelle-Calédonie: il fallait de la main d’oeuvre, pas trop onéreuse si possible. Ça tombait bien:  la mise au pas de la Commune apportait son lot de prisonniers politiques. C’est ce bout de paradis qui fut choisit pour les « accueillir ». Les premiers bagnards construisirent un pénitencier et les logements de l’administration. Ces derniers sont toujours en partie occupés.

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La gendarmerie.

Le bagne, ou du moins ce qu’il en reste, n’est qu’à deux ou trois kilomètres : ce sera le but de notre première exploration de l’île. Il n’en subsiste que des ruines : il n’y a apparemment aucune volonté de perpétuer le souvenir peu glorieux de cette époque. La sérénité et la beauté de l’île ne devaient certainement pas arriver à rendre les cellules étriquées et les cachots sombres plus avenants.

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Le cimetière des déportés, un peu plus loin, est poignant : restauré, les tombes sont sobres et anonymes à part deux d’entre elles qui ont gardé les pierres d’origine. Nous découvrons que des Kabyles faisaient partie du lot : des prisonniers faits lors de la révolte contre le colonisateur en 1871.

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L’objectif de notre deuxième balade sera le pic N’Ga, point culminant de l’île. Pas moins. Deux mille six cents décimètres d’altitude. Un briefing préparatoire se tient devant un café : notre grosse expérience des expéditions himalayennes nous fera décider pour la voie normale et des sandalettes plutôt que nos claquettes usuelles, en une cordée de quatre sans corde, technique alpine légère oblige. Comme nous n’aurons pas de sherpas, nous prendrons une bouteille d’eau pour quatre : la durée de l’ascension est tout de même prévue pour quarante-cinq minutes. Sachons mettre toutes les chances de notre côté.

La montée démarre en sous bois, dans ce qui ressemble à un exubérant jardin tropical. Une guérite protégée par son totem abrite une boite servant à récupérer le pécule demandé pour l’accès par la tribu sur laquelle se trouve le sommet.

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Totems à l’entrée du parc.

 

Puis le chemin se dégage et la vue devient grandiose sur les baies et le lagon qui entourent l’île.

Vue sur le lagon.

Nous apercevons même Kousk Eol au loin dans la baie de Kuto.

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La baie de Kuto.

Comme il n’y a pas de névés cette année, nous progressons rapidement et le sommet est gaillardement atteint. La vue sur cent quatre-vingts degrés est encore plus majestueuse. L’île est couverte de pins : serait-ce l’origine de son nom ? Il faut que nous enquêtions…

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Petits poissons : photo prise depuis la surface.

De retour, pour continuer notre exploration, nous prenons un taxi pour Vao, la capitale, à six kilomètres. Toujours cette impression qu’il n’y a pas vraiment de village tant les habitations sont dispersées sans ordre apparent. Les Kanaks parlent d’ailleurs de tribus plutôt que de villages. Vao a sa chefferie comme il se doit, qui abrite le grand chef des tribus du district.

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La chefferie de Vao.

Près du lagon, un mausolée à la gloire des premiers évangélisateurs est protégé par les totems coutumiers : on ne sait jamais…

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Plus au centre, une curieuse église…

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Et puis l’heure de rentrer arrive : vu que nous n’avons pas de téléphone pour appeler l’un des deux taxis de l’île, il faut se taper les six kilomètres de retour à pied, sous le cagnard. Comme nous sommes courageux (c.f. l’ascension du pic), et surtout que nous n’avons pas le choix, nous y allons gaillardement. En levant le pouce. Et comme nous sommes sur les îles, ça marche : un pick-up nous prend dans sa benne et nous dépose devant l’annexe sur la plage. Les Kanaks sont un peuple merveilleux !

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Quand petit banian deviendra grand…

Le lendemain, afin d’éliminer certains aléas, nous louons une voiture pour faire le tour de l’île, qui est vaste. Au programme, la visite de la grotte où s’est réfugiée la Reine Hortense qui s’opposait à la déportation des Kanaks pour laisser la place aux bagnards. La base calcaire de l’île, composée de fossiles des coraux qui se sont développés sur les restes du volcan originel, et repoussée vers le haut par la pression, est trouée comme un gruyère. La visite débute par la traversée d’un intéressant jardin montrant les pantes endémiques de l’île, et débouchant sur l’entrée majestueuse de la grotte.

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Fougère arborescente.

Nous passerons un long moment à discuter avec le représentant de la tribu gardant le site. Un certain nombre de sujets y passe : relation entre Kanaks et Caldoches, faune et flore des îles, poids des traditions, clans de la mer et de la terre, etc. Une bonne leçon d’histoire et de géographie pour les ignorants que nous sommes.

Plus loin, à côté d’un hôtel de luxe évidemment, un bassin surnommé aquarium naturel, atteint après vingt minutes de marche le long d’un cous d’eau. Effectivement, l’eau est d’une limpidité parfaite et le cadre admirable.

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La prochaine étape sera l’île de Maré à environ quatre-vingt-dix milles au nord, la première des îles Loyauté où nous nous arrêterons.

 

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– C’est celui qui dit qu’on mouille pour un oui ou pour un non sur ce rafiot qui y est.

Avec Cathy et MarieJo en Nouvelle-Calédonie – Juillet 2016

Nouméa 8-12 juillet

Mariejo et Cathy arrivent bien comme prévu le huit à l’aéroport de Tontouta, à plus de quarante kilomètres au nord de Nouméa, un peu cassées par un très long voyage aux multiples escales en classe bestiaux.

Le soir même, Sophie1, enceinte jusqu’au cou, et Benjamin sont à bord : Cathy apporte avec elle un colis de la maman de Sophie, première livraison pour le not yet born baby, dû le mois prochain. Tous les souvenirs, depuis la rencontre éphémère aux Galapagos, y passent…

Dès le lendemain, il ne faut pas perdre de temps, nous partons vers l’ouest du lagon sud, et mouillons devant l’îlot Mbe Kouen avec Thetis et son équipage au complet.

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Kousk Eol au près dans le lagon sud.
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… et avec le Code D.
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Thétis.
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Et re-Thétis.

Premières trempettes dans l’eau cristalline. L’îlot est désert. Le matin suivant, nous changeons de mouillage pour l’îlot voisin de M’Bo, lui aussi sauvage et inhabité, offrant une plage de sable de rêve.

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La plage de l’îlot M’Bo.

Il faut vite mettre un terme à ce week-end de découvertes : nous avons peur que MarieJo et Cathy ne prennent trop goût au catamaran. En effet, Sylvain et Nathalie nous ont invité à manger à bord : c’est probablement là que les arguments pour démolir ces soi-disant voiliers à coques multiples montrent leur limite… Mais bon, il y avait à bord de Thétis un reste de cubitainer de rhum de la Martinique : coup bas de Sylvain auquel nous avons du mal à résister ! Et c’est aussi le dernier week-end à Nouméa pour Clémence et Ianis, qui rentrent en métropole dimanche soir.

Nous retrouvons le soir notre emplacement à la marina de Port Moselle.

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La marina de Port Moselle.

De là, une petite visite du centre de la ville s’impose : le marché couvert, assez bien achalandé, la Place des Cocotiers, les quelques vielles maisons coloniales, le petit quartier chinois…

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La place des Cocotiers.

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Le marché fournira, en plus de légumes et fruits, d’excellentes crevettes élevées en Nouvelle-Calédonie et réputées partout : au curry avec du lait de coco, ça se laisse manger. Évidemment, hors de question d’acheter du poisson : à bord de Kousk Eol on a des principes, on ne mange que la pêche perso remontée avec nos petits bras à nous (et surtout, avouons-le, on a trop peur de se faire engueuler par Maurice).

Nous louons à nouveau une voiture, à la fois pour faire les courses pour la suite de la navigation vers le sud et les Îles Loyauté, et pour nous faire une idée de l’environnement de Nouméa, suite de splendides baies et de promontoires dominés par des montagnes. Le cadre n’a rien à envier à la Polynésie, au contraire. Nous passons au centre Jean-Marie Tjibaou sur la culture kanake, malheureusement fermé ce jour. L’architecture de Renzo Piano est extraordinaire, mais vous n’avez pas été assez sages pour mériter une photo.

Et à nouveau, il faut rentrer au bateau, pour entre autre préparer la suite du programme. Tâche frisant l’herculéanité2 : la Nouvelle-Calédonie, c’est grand ! Nous ne pourrons, une fois de plus, pas tout voir. La question, fondamentalement existentielle qui a pris l’habitude de nous hanter, est donc, je le rappelle : oui, d’accord, mais qu’est-ce qu’on laisse tomber ? Et qu’est-ce qu’on choisit de présenter à nos yeux impatients de continuer à se saturer de beautés tropicales autant qu’exotiques ? Hein ? Vous le sentez, le dilemme ?

Pour ne pas avoir à répondre trop vite, la réponse, temporairement provisoire3, sera : « Les Îles Loyauté, bien sûr ! Sans oublier la mythique Île des Pins, évidemment. Et les baleines. ». Donc, en conséquence et de ce fait.

 

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1
– Rappelez-vous : nous avions rencontré Sophie et Benjamin aux Galapagos, puis à nouveau à Papeete, sur leur voilier Ouma. Et la famille de Sophie vit à Grenoble.

2– Et alors, les coincés constipés du vocabulaire, ça vous gêne ?

3– D’aucun aurait dit : « Pour botter en touche. ». Mais dire que j’ai le foutebale en détestation serait un euphémisme d’une douceur improbable. Donc.